Edito

J’ai le souvenir de l’une des toutes premières éditions du Printemps Musical des Alizés, peut-être la première, où Mohammed Ennaji nous avait donné l’immense bonheur d’écouter Dong Suk Kang, violoniste coréen

d’anthologie qui avait choisi d’offrir à Essaouira la sonate pour violon et piano de Brahms.

C’était au bord de l’océan sur la terrasse de l’Hôtel des Iles, et il y avait un parfum dans l’air, un regard vers un horizon infiniment bleu qui portait la marque des Alizés quand ils se parent de leurs plus belles couleurs, pour exprimer ce rapport esthétique à l’Art dont Essaouira cultive amoureusement le secret pour nous dire à sa façon qu’elle se veut l’agora de toutes les musiques.

La programmation que nous propose cette année Dina Bensaid porte à cet égard le sceau de l’exception et nous confirme une fois encore que la beauté, celle de l’émotion en partage, choisit son lieu et appelle ses interprètes.

En effet, ce sont deux des solistes que se disputent actuellement les plus grands orchestres européens, David Grimal au violon et Georges Pludermacher au piano, qui le temps d’une soirée, vont élire domicile à Dar Souiri pour revisiter deux sonates de Beethoven et de Franck.

Pascal Amoyel, le pianiste virtuose fêté par tous les mélomanes va lui aussi délaisser les planches des plus grandes scènes de la musique de chambre, pour nous faire voyager, depuis Essaouira, dans le monde de Liszt et de Chopin.

Cette édition 2012 portera comme les précédentes, mais peut-être un peu plus cette année, l’empreinte des jeunes, qu’ils soient Marocains ou Européens.

Avec « Piano en folies », un programme conçu pour Essaouira par Dina Bensaid et Rita Saher, étoiles montantes de la scène nationale et parisienne, c’est l’univers joyeux de Saint-Saens, Albeniz et Moussgorsky qui va nous inviter à fêter le piano dans tous ses états.

Emotion garantie aussi avec Crescendo, un ensemble plein de promesses essentiellement formé par les solistes les plus jeunes et les plus prometteurs de l’Orchestre philarmonique du Maroc.

Emotion, jeunesse et talent seront également au rendez-vous à Dar Souiri avec le sextuor « Les Alizés » né à Essaouira et qui a choisi pour 2012 de nous faire écouter les somptueux sextuors de Dvorak (en la majeur) et de Tchaikovski (Souvenirs de Florence).

Avant et après tous ces solistes, plusieurs trios, quatuors et quintettes dont le Quatuor Girard formé de quatre frères et sœurs venus de Paris, vont nous faire découvrir les pièces les plus emblématiques du répertoire de musique de chambre pour instruments à cordes.

Last but not least, au fil des matinées dédiées aux Jeunes Talents et des grands concerts de l’après-midi, le Printemps des Alizés fera cette année la part belle à des formations inédites mariant la flûte, la harpe, le cor ou la clarinette pour convoquer Brahms, Schuman, Haydn, Bach et Mozart et convaincre ceux qui en douteraient encore qu’Essaouira aime la musique et que toutes les musiques aiment Essaouira.

André Azoulay